lundi 3 octobre 2011

Mais que s'est-il passé ?!?


J’ai d’abord pensé au titre «  La cinquantaine : autant en rire ». Puis, ça m’est venu tout d’un coup, un jour, au volant de ma voiture, en attente à un feu rouge. « Mais que s’est-il passé? », me suis-je écriée, pour que je me sente ainsi perdue dans un monde qui file à toute allure.  Pour que je ne sois plus sûre d’y trouver ma place. Pourtant, il me semble que j’ai fait tout ce qu’il fallait faire : les écoles, l’université, les folies, les voyages, le mariage, les enfants, les remises en question, Montignac, le jogging, la marche nordique, le yoga, les antioxydants, le bénévolat…  Et puis BOUM. Un soir de grand découragement, à la caisse du Renaud-Bray de l’avenue du Parc, cette question m’est revenue : Veux-tu bien me dire ce qui s’est passé?

Les « self-help books »

 J’étais en train de faire provision de quelques livres que je déposais subrepticement dans mon panier, la page couverture à l’envers. Bien sûr, je feuilletais aussi les nouveautés, les romans policiers et les magazines d’actualité. Mais l’essentiel de ma quête se faisait au rayon du « mieux-être ». Préservant les apparences, j’avais tout de même choisi le dernier roman de notre chère Marie Laberge, un grand livre qui fort heureusement cachait les autres livres qui étaient dissimulés en-dessous. Mais que s’était-il passé, pour que je me retrouve ainsi en quête de tant de mieux-être. Tout au long de ma promenade dans le magasin, je croisais de temps à autre le regard d’un homme d’environ mon âge. Mmmmm pas mal, me disais-je. Il semblait être du même avis. Après m’être assurée qu’il était trop loin pour se trouver en même temps que moi à la caisse, j’ai vite déposé mon butin sur le comptoir. Et c’est là que j’ai été prise d’un fou rire en imaginant la situation où il se serait avancé vers moi pour m’adresser la parole. Il aurait alors vu les livres que j’achetais : Croyez-en vous, le Safari de la vie, the Book of Awesome, C’est beau la vie... Et il aurait vite pris la poudre d’escampette. Ou alors nous serions tous deux morts de rire parce que, entre gens de 50 ans et plus, nous avons cette grande qualité de pouvoir rire de nous-mêmes.   

La perte d’un statut

Plus tôt dans la journée, j’avais appris de manière fortuite que j’étais déchue de mon titre impérial à une banque de la rue Bernard. Suite à un « ménage » - ce sont les mots du gérant – on a jugé unilatéralement que je devenais une cliente « bulk » (« vrac », en français) car je n’avais plus besoin du service impérial exclusif réservé aux clients importants. Et cela malgré les 20 000 $ d’intérêt hypothécaire que je verse chaque année à cette banque depuis six ans. La conversation avec le gérant s’est révélée caduque, se soldant par un « je ne peux rien faire, ce sont les règles de LA banque ». Même si je crânais en parlant avec le gérant, je venais de ressentir un choc. La cliente « vrac » menaçait de se transformer en « bien endommagé ». Je suis rentrée chez moi, penaude, découragée… et déchue.

40 ans versus 50 ans

On parle beaucoup de la crise de quarantaine, pas de celle de la cinquantaine. Erreur du « pitcheur », selon moi. À 40 ans, on a presque encore 30 ans et pas encore vraiment « visible ». À 50 ans, on commence  à l’être plus. Nombreux sont ceux et celles qui sont encore en forme, et qui « ne font pas » leurs 50 ans. Le temps viendra, bien sûr, car on ne peut ignorer notre condition humaine. Et puis, on a l’âge de nos artères, nous enseigne-t-on. Il nous appartient en grande partie de nous tenir en forme et en santé. Somme toute, de façon générale, la cinquantaine se passe bien, surtout en situation de stabilité professionnelle, financière et personnelle. Les plus chanceux se retrouvent dans une situation où leur âge, plutôt que de leur nuire, leur procure un certain statut, celui de mentor, de sage, ou encore de PDG.

Une concurrence de taille

C’est bien beau tout ça, mais ce n’est pas toujours le cas pour nombre de cinquantenaires qui, comme moi, ressentent un réel choc. 53 ans, 3 enfants, un mariage plutôt réussi (bien que terminé), deux diplômes universitaires, un parcours intéressant, un certain talent pour l’écriture, des compétences professionnelles reconnues, une association professionnelle (le Barreau), le tour du monde (ou presque), des contacts un peu partout… mais une trouille incommensurable devant l’avenir, surtout que, comme pigiste, je dois reprendre mon élan professionnel en me lançant dans une campagne de sollicitation de clients. Après une « pause-santé » (un cancer de la thyroïde nécessitant plusieurs chirurgies), me revoici sur le marché du travail. Mes concurrents ont entre 30 et 45 ans. Ils ont des diplômes, déjà de l’expérience, même des enfants, des ados! Je ne peux même plus dire de ceux-ci qu’ils manquent de maturité ou d’expérience! Aïe. Comment me mesurer à eux?

Auto-sabotage?

Le problème ne vient pas des autres, me dit-on. Il vient de moi. Paraîtrait que je me sabote moi-même. Voilà donc où les « Croyez-en vous », « le Safari de la vie », « the Book of Awesome », « C’est beau la vie » de ce monde viennent me donner un coup de main. On peut bien rire de moi, je m’en fous éperdument. Ces « self-help books » m’ont été d’un précieux soutien pour traverser un divorce, la maladie, l’adolescence de trois enfants, des déceptions amoureuses, l’incertitude économique. Quand ça ne va pas, j’en consomme à la tonne. Quand ça va bien, je ne sais qu’en faire et je les rapporte à la bibliothèque, me passant souvent la réflexion « j’en reviens pas d’avoir lu tout ça »!

C’est le chemin qui compte!

Ces bouquins ne m’ont pas permis de ne plus me sentir perdue dans un monde où ma génération n’est plus (ou presque) en ligne de front. Mais ils m’ont permis de constater que je suis loin d’être la seule à me sentir comme ça, et que les outils du mieux-être ne sont pas universels. Il nous appartient à chacun  de chercher et de continuer à chercher jusqu’à ce que l’on trouve la solution. Autant dire que l’on cherchera toute notre vie, car LA solution n’existe pas. Le chemin pour la trouver, par contre, nous apporte toutes sortes de belles surprises, si bien qu’on en oublie presque qu’on est en train de chercher! Pour ma part, en tous cas, le « choc » de la cinquantaine est passé. J’ai cessé de regarder en arrière, je regarde devant. L’auto-sabotage, c’est terminé. Je suis quelques formations pour me mettre à jour, j’y rencontre des plus jeunes, parfois même des beaucoup plus jeunes, et j’ai le plaisir de constater qu’ils ne me regardent pas comme si j’étais une extra-terrestre ni une curiosité. J’espère que certains d’entre eux rentreront chez eux et diront à leurs parents : « Maman, tu devrais retourner à l’université, y’a une fille dans nos cours qui semble avoir ton âge, et elle adore ça! ».