lundi 19 décembre 2011

Jupiter et moi


« Mon Dieu, je ne suis que cendres et poussières »… nous faisait-on répéter, à l’église, quand j’étais toute petite. Évidemment, je n’y comprenais rien.
Aujourd’hui je comprends ce que ça voulait dire. Sauf que je ne suis pas du tout d’accord. Surtout que, je dois avouer, je descends de Jupiter. Directement. C’est ce que je croyais en tout cas, avant de m’inscrire au certificat de relations publiques de la Faculté de l’éducation permanente (FEP) de l’Université de Montréal.



Que voulez-vous, je viens d’une ère « classique », où il y avait la « vraie » Université, c’est-à-dire le programme de jour et les disciplines classiques – le droit, la médecine, le génie, les HEC, à la rigueur la psychologie ou les communications – et la « pseudo » Université, c’est-à-dire les cours à la Faculté de l’éducation permanente.

Me pardonnerez-vous?
 Je viens de vous dire une énormité. Une véritable énormité, mais je l’avoue humblement, c’est vraiment ce dont j’étais convaincue. C’est tout un aveu de ma part, mais je prends mon courage à deux mains et je vais de l’avant : dans les années fin 70 et début 80, alors que j’étudiais les sciences politiques à l’Université de Montréal et le droit à McGill, nous (mes amis et moi) avions l’impression que ceux qui s’inscrivaient à la FEP le faisaient parce qu’ils étaient incapables de s’inscrire à la « vraie » Université. Incroyable, mais vrai.

En fait, nous ne connaissions pas la FEP. C’était une entité discrète, pour les autres. Et quand j’ai commencé à envisager de suivre des cours à l’Université, il y a quelques années, je n’ai pas pensé à la FEP, moi qui ai deux bacs universitaires. Je me suis naturellement dirigée vers les HEC qui offraient le DESS en communication marketing. Trois années de suite. TROIS… années, je me suis fait dire : « Bien que votre dossier soit admissible, ce programme est contingenté et nous ne pouvons vous accepter ». C’est ma fille de 23 ans qui m’a secouée en me disant, sur un ton excédé : « Tu ne penses pas que tu devrais regarder ailleurs? ».
Je me suis alors mise à « regarder ailleurs ». J’ai pris quelques cours à Technologia, une boîte de formation dont les cours sont excellents, donnés pas des professionnels du secteur des communications. Chers par exemple, très chers. Mais c’est dans le contexte de l’un de ces cours que j’ai eu la chance d’avoir comme formateur l’un des professeurs de la FEP, cette faculté que j’avais toujours snobée, car moi, je fréquentais la « vraie » Université.

Shame on me!
Je me suis donc inscrite au certificat de relations publiques. Et j’ai fait une découverte. Premièrement, Shame on me!, ce n’est pas du tout ce que je pensais. J’irais même jusqu’à dire que le calibre des cours que je viens de suivre dépasse largement celui des cours que je suivais à l’Université dans les années 80. Les profs sont emballés et les élèves, quant à eux,  n’ont vraiment rien à envier aux élèves qui fréquentaient la faculté de science politique ou de droit, dans mon temps.

Au risque d’avoir l’air « bonne élève » (pour ne pas dire « têteuse », vous me passez l’expression?), je dois dire que je suis sincèrement impressionnée par la qualité des cours que je viens de suivre, de même que par le calibre des étudiants. Je les remercie, au passage, car ils m’ont « acceptée » sans me considérer comme un dinosaure. En tout cas, si c’était le cas, cela n’a pas paru.
Je lisais quelque part récemment que la FEP est en fait la faculté de l’Université qui compte le plus d’étudiants au premier cycle. De mon temps, c’était le parent pauvre de l’Université. J’espère que ce n’est plus le cas, car sérieusement, la FEP gagne à être mieux connue!

Donc, Jupiter, tu peux aller te rhabiller. Je ne descends plus de toi. J’étudie à la FEP et j’en suis très heureuse. Ceci dit, je ne suis définitivement pas « cendres et poussières »!




Jeunes et moins jeunes baby-boomers


À l’automne 2011, dans le cadre d’un cours intitulé « Internet et relations publiques », je me suis penchée sur la question de l’utilisation des médias sociaux par les baby-boomers. Je me permets de reproduire une partie de l’essai que j’ai écrit dans le cadre de mon cours, l’adaptant toutefois pour la forme d’un billet.
Mon ambition première était de dresser un portrait de l’utilisation des médias sociaux par les baby-boomers. En route, j’ai donc voulu préciser ce que j’entendais par « baby-boomers ». Je me suis retrouvée complètement assaillie par une montagne d’articles et de théories qui cherchaient à définir ce terme.  

Je me suis éternisée sur le sujet, car en fait cela m’interpellait directement. De quelle génération est-ce que je fais partie? Née en 1958, je ne me considère pas comme étant une « enfant de l’après-guerre ». Mais ni non plus comme faisant partie de la « génération X ».
Après mes recherches, j’en suis arrivée à conclure que les baby-boomers sont divisés en  deux sous-groupes : les jeunes baby-boomers (dont je suis, en toute modestie), nés entre 1955 et 1964, et les moins jeunes (les véritables « baby-boomers », selon moi, en tout respect), nés entre 1945 et 1955.

Cette exploration générationnelle m’a permis de bien cerner ce que nous sommes, nous, les jeunes baby-boomers. Nous empruntons certaines de nos qualités aux plus âgés, qui souvent étaient en ligne de front devant nos parents, alors que pour nous le passage a été plus facile. Mais nous nous distinguons de nos aînés à plusieurs égards.
Portrait d’une génération… Une tentative, en tout cas

1er janvier 2011 : la première cohorte des baby-boomers prenait sa retraite. Le New York Times (NYT), dans sa première édition de la nouvelle année[1], rapportait les conclusions d’un récent sondage réalisé par le Pew Research Center[2], au sujet des 10 000 Américains qui franchiront cette étape, chaque jour, pour les 19 prochaines années. Pour nos voisins du Sud, on parle de 79 millions de personnes, soit 26 % de la population.  Reportons ces chiffres chez nous. Si on se fie aux dernières données de Statistique Canada[3], 8 912 384 Canadiens prendront leur retraite d’ici 2020, au rythme de 1218 départs par jour, soit 444 570 par année.

Durée de vie plus longue (et les craintes que cela entraîne, notamment sur le plan des soins de santé), prolongement des années de travail (et les difficultés y reliées, le besoin de mise à jour, et également le « bumping » dont ils font souvent l’expérience), désenchantement, désir de jeunesse éternelle (et le Botox qui va avec), regrets, contexte économique mondial précaire (aujourd'hui les États-Unis et la Grèce, demain l’Italie… Le Canada tient bon, mais pour combien de temps?), autant de volets dont il est amplement question dans les médias, lorsque le sujet des baby-boomers est abordé.
Certains tentent de dresser un véritable portrait universel des baby-boomers. D’autres, dont je suis, sont d’avis qu’il est impossible d’énumérer les caractéristiques les décrivant.  Quelques éléments fondamentaux rapprochent cependant les baby-boomers, ceux du monde occidental, en tout cas. L’histoire et le contexte sociologique font clairement partie de ceux-ci.

Dan Barry, qui signe l’article du NYT susmentionné, écrit : «  Previous generations were raised to speak only when spoken to, and to endure in self-denying silence. But baby boomers were raised on the more nurturing, child-as-individual teachings of Dr. Benjamin Spock, and then placed under the spell of television, whose advertisers marketed their wares directly to children ». M. Barry cite Steven M. Gillon, auteur de Boomer Nation [4]. Ce dernier, lui-même un boomer, nous met en garde contre une généralisation des caractéristiques de sa génération. Il identifie toutefois des éléments contextuels qui touchent l’ensemble des boomers : « It created a sense of entitlement that had not existed before… We became more concerned with our own emotional well-being, whereas to older generations that was considered soft and fluffy ».

Les « jeunes » baby-boomers

La série Star Trek : The Original Series (de 1966 à 1969) les a tous fait rêver. Bobino et Bobinette (1957 à 1985) les ont initiés, tout-petits, à la télévision. Pendant ce temps, leurs grandes sœurs et grands frères écoutaient Joan Baez et Bob Dylan. Quant à eux, ils se sont mis à écouter, un peu plus tard, les Rolling Stones, David Bowie, The Police ou Madonna.

Richard Hétu, dans son blogue du 1er janvier 2011[5], nous invite à nous rendre sur un site du NYT qui résume les événements qui ont marqué la vie des baby-boomers d’un certain âge[6]. Je n’étais pas née lors du passage d’Elvis à l’émission d’Ed Sullivan, en 1956. Mais je me souviens très bien des funérailles de John F. Kennedy en 1963 (j’avais 5 ans et je regardais la télévision en compagnie de ma mère qui pleurait à chaudes larmes), et du premier homme qui a marché sur la lune, en 1969 (l’année de la sortie du dernier album des Beatles, Abbey Road, un événement mémorable). J’étais assez âgée pour suivre l’actualité au moment du Watergate, et, déjà jeune journaliste, j’ai vu la navette Challenger exploser en direct, le 28 janvier 1986.



Repères générationnels
Pour nous, baby-boomers québécois (ou seulement montréalais, peut-être?), les événements marquants de notre jeunesse sont Expo 67et  les Jeux olympiques de 1976. L’équation est très simple. Quiconque n’était pas né en 1967 est plus jeune que nous, et quiconque n’était pas né en 1976 est beaucoup plus jeune que nous. Il y a pire encore : celui ou celle qui ne sait pas que ces deux événements ont eu lieu, dans leur ville. Pour les « Early » baby-boomers, Expo 67 était un lieu de rencontres internationales, souvent un tournant dans leur vie de jeune adulte. Pour les « Late boomers », dont je suis, Expo 67 représentait un concours (celui ou celle qui obtiendrait le plus de visas dans son passeport rouge de l’Expo - un visa par pavillon). Nous étions accompagnés de nos parents, alors que les plus vieux se retrouvaient souvent entre eux, à la discothèque du Pavillon de la Tchécoslovaquie. Les Olympiques de 1976, pour les Late-boomers, ont été l’occasion de nous ouvrir sur le monde. Et d’admirer les magnifiques athlètes qui déambulaient dans les rues de notre ville(!). Nous avions à peine 20 ans, mais contrairement aux Early-boomers, nous n’avions pas les moyens de nous acheter des billets pour les épreuves sportives!



Cette image vous dit-elle quelque chose?




Au début des années 80, mon monde se partageait en deux groupes. Ceux qui étaient nés au moment de l’Expo 67, et ceux qui ne l’étaient pas (c.-à-d. les bébés). Puis, avec les années, il a bien fallu que j’élargisse un peu mon cercle. Les bébés se sont mis à grandir. Ils allaient même à l’Université(!), passaient leur permis de conduire, habitaient en appartement et faisaient partie de la population active.

Mon critère de sélection a donc dû être remplacé, au début des années 90 : les jeux olympiques de Montréal. Ainsi, ceux qui n’étaient pas là en 1976 (ou pire, ceux qui y étaient mais qui ignoraient la tenue des olympiques chez nous!) étaient des enfants, de tout-petits enfants. Parce que, vous l’avez compris, s’ils avaient été autre chose que des enfants, j’aurais beaucoup trop vieilli! Or, au début des années 90, je voulais encore croire que j’étais encore à peine sortie de l’enfance.

Puis vint le début des années 2000. Mes propres enfants n’ayant pas encore leur permis de conduire (critère selon eux pour déterminer leur passage à l'âge adulte ou presque adulte), je pouvais me dire que j’étais une « jeune mère ». Après tout, ma plus petite avait 7 ans et jouait encore à la poupée.   
Ouais… Nous sommes au début des années 2010. Quel critère utiliser pour continuer à me convaincre que je ne vieillis pas trop vite? « 9/11 », probablement. Sauf que, savez-vous quoi? Je ne ressens plus le besoin de partager le monde entre jeunes et moins jeunes. Qu’ils aient connu ou non Expo 67, les Jeux olympiques d’été de Montréal ou même le 9 septembre 2011, ils ont tous quelque chose à raconter. Et ça ne me fera pas vieillir plus vite, bien au contraire !


N'empêche que ceux qui n'étaient pas là, en 1967, ont vraiment raté quelque chose, n'est-ce-pas?

dimanche 18 décembre 2011

L'Alléluia de Handel, avec l'esprit du Grand Nord


Le professeur d’une classe de cinquième année de l’école primaire Kuinerrarmuit Elitnaurviat située à Quinhagak en Alaska, a eu l’excellente idée de produire un vidéo très original, dans le cadre d’un cours d’informatique, et de le mettre en ligne. Les enfants ont passé en tout dix heures à produire ce vidéo qui était destiné aux 200 habitants de leur village. Il semble qu’il ait été vu par plus d’un million de personnes!  

Un petit cadeau,  pour mes lecteurs, en ce temps des fêtes. Un moment délicieux. La musique d’Haendel est toujours aussi magnifique, mais c’est surtout le plaisir que les enfants ont eu, de toute évidence, à faire ce vidéo, qui me séduit. Toute la communauté semble y avoir participé avec toute la bonne volonté requise pour faire d’un tel projet un petit bijou.

Un autre exemple des bénéfices des réseaux sociaux! Si Youtube peut servir à nous rapprocher des populations autochtones, c’est une belle réussite.



Je ne peux m’empêcher d’éprouver un petit sentiment de honte, quand je pense aux populations autochtones, Inuits ou Indiens. Il me semble que « nous » (c.-à-dire nos ancêtres et nous aussi) leur avons fait et leur faisons tant de mal. On connait les énormes problèmes que rencontreront ces jeunes, lorsqu’ils grandiront. Puissent mille professeurs les inspirer et leur faire continuer leurs études!

Alléluia!    Alléluia!    Alléluia!    Alléluia!    Alléluia!    Alléluia!   
Joyeuses fêtes à tous!

Varsovie, bombardée, rasée, reconstruite et ... incontournable!



Ce billet est le quatrième d’une série de plusieurs billets portant sur un voyage en Europe de l'est, au printemps 2011. Il suit le billet publié récemment intitulé « Petit blitz historique sur la Pologne ».

Mai 2011, je débarque à Varsovie, après un vol parfait sur les ailes d’un avion de LOT Airlines, probablement le même modèle que celui sur lequel voyageait le président polonais Lech Kaczynski et qui s’est écrasé l’année précédente, alors qu’il se rendait à Katyn pour y rencontrer Vladimir Poutine et rendre hommage aux milliers de morts polonais qui y ont été massacrés en 1940 par l’armée soviétique . J’ai toujours très peur en avion, quelque soit la compagnie aérienne.
Après les émotions du Musée de l’insurrection, (voir billets précédents), je quitte la Varsovie dévastée, et je me retrouve en 2011, curieuse de connaître la Varsovie d’aujourd’hui. Je découvre le Parc Lazienki, créé au 17e siècle, qui abrite deux petits palais dont l’un a été reconstruit  après la guerre, et l’autre qui a miraculeusement survécu à la destruction (on dit que c’est parce qu’un dirigeant allemand y logeait pendant l’occupation et qu’il en aurait empêché le bombardement). Un parc aménagé comme je les aime. On sent l’empreinte des grands jardiniers qui ont dessiné les sentiers qui en sillonnent les 76 hectares et qui ont planté des arbres qui sont absolument grandioses, mais la nature a tout de même pris le dessus, ce n’est pas trop organisé. Un pur délice.

La vielle ville de Varsovie (Stare Miasto) a été entièrement reconstruite selon les plans originaux. Pour la touriste que je suis, c’est magnifique. Toutefois, certains Polonais sont plutôt critiques, assimilant cette reconstruction à Disneyland! En fait, après la guerre, Staline devait tenter de conquérir les Polonais à qui l’URSS avait fait tant de mal. Il aurait donc fait reconstruire la « vielle ville » dans cette optique. Quoiqu’il en soit, elle fait désormais partie du patrimoine mondial de l’Unesco.
 
La vielle ville après la guerre.


La vielle ville reconstruite.
Le Palais de la Culture et de la Science (Palac Kultury i Nauki) était également un « cadeau » de Staline… C’est l’immeuble le plus haut de Pologne, qui a été construit à la gloire de l’URSS. Pas étonnant que lorsque le communisme est tombé, on ait envisagé sa destruction. Presque devenu un symbole de Varsovie, on a finalement décidé de le conserver. Je pense que les Varsoviens en ont soupé, de la destruction!
Comme dans les villes soviétiques (j’avais visité Moscou et Leningrad à la fin des années 70), les rues de Varsovie sont très larges, et jonchées d’immeubles dont la facture architecturale est caractéristique de la défunte URSS. Des immeubles austères, carrés, sans fioritures ni ornements, carrés, « utilitaires ». Mon compagnon me faisait remarquer qu’au moins, de nos jours, ces immeubles ont été nettoyés. Pendant le règne soviétique, ils étaient noirs à cause de la pollution. Il en va de même des rares anciens immeubles qui sont restés intacts malgré la guerre. Ils ont tous été nettoyés, et ont retrouvé le faste d’antan. Des gratte-ciel modernes, en verre et en acier, remplacent petit à petit les bâtiments médiocres laissés en héritage par les Soviétiques.

Il ne semble pas tellement avoir de cohésion entre les différentes factures architecturales. Il faut dire que pendant plus de cinquante ans, la Pologne ne pouvait compter sur aucun capital étranger, ce qui n’est plus le cas, aujourd’hui.

Un « nouveau monde »!

Mais ce qui m’a le plus frappée, à Varsovie, ce sont les gens. C’est cette atmosphère qui règne un peu partout. Quand j’étais jeune, on disait se rendre « dans les vieux pays » lorsqu’on allait en Europe. Et bien, pendant ce voyage, c’est comme si j’avais découvert un « nouveau monde », dans un pays qui pourtant existe depuis plus de mille ans! Les Polonais, comme les Hongrois et les Tchèques, d’ailleurs, ont vécu une très grande noirceur, après la guerre. Pire que ce que nous imaginions. Ils ont recouvré la liberté en 1989.  Mon sentiment est que les vingt dernières années leur ont permis de rattraper le retard, et qu’ils arrivent maintenant à un état de « maturité ». Ils ont apprivoisé les règles de la liberté. Ils sont entreprenants et regardent vers l’avenir. J’ai senti, en discutant avec plusieurs d’entre eux, qu’ils étaient plus audacieux que nous ne le sommes, désormais. En partie, selon moi, car ils ont moins à perdre. Ils ont tellement été habitués aux privations qu’ils sont plus enclins à se lancer dans des aventures alors que nous, nous sommes un peu blasés, et trop habitués au confort économique.

Près de l’Université, les terrasses étaient pleines. On y entendait toutes les langues, même le français. Les galeries et les librairies sont très nombreuses, les théâtres aussi, ainsi que les salles de spectacle. Ça bouge, à Varsovie. D’ailleurs, les jeunes gens rencontrés à Cracovie (un prochain billet) sont tous d’avis que « the place to be », actuellement, en Pologne, c’est Varsovie, où il se passe beaucoup de choses.

Économiquement, la Pologne a réussi à tenir le cap, malgré la récente récession. La « vieille Pologne » n’existe plus.

Le prochain billet de cette série portera sur Cracovie, une des plus belles villes du monde.

Petit blitz historique sur la Pologne


Ce billet est le second d’une série de plusieurs billets portant sur un voyage en Europe de l'est, au printemps 2011. Il suit le billet publié récemment intitulé «  Warszawa  (ou comment renaître de ses cendres…) ».
Sans retourner trop loin dans l’histoire, il faut tout de même faire une petite mise en contexte pour comprendre la Pologne, et également les pays voisins. Elle existe depuis plus de mille ans. Or, au cours de son histoire, elle n’a cessé de se battre contre l’envahisseur, disparaissant parfois de la carte du monde, mais revenant toujours à la charge : les Polonais sont tenaces. Au nombre de ses ennemis historiques, la Russie, l’Autriche, la Prusse. Les frontières ont souvent reculé et avancé, entre ces pays. Les tensions étaient fortes, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le 23 août 1939, les Allemands signent un pacte avec Staline, le Pacte Ribbentrop-Staline, qui contient notamment des clauses secrètes partageant la Pologne entre l’Allemagne et l’URSS. Le 1er septembre de la même année, la Pologne est envahie par les nazis, le 17 septembre, par l’Armée rouge.

Anéantir la culture polonaise
Hitler avait décrit dans un exposé le traitement qui devait être réservé aux Polonais : la plus grande brutalité, ses populations soumises ou tuées, ses élites exterminées, l’éducation supérieure interdite. Il voulait anéantir la culture polonaise. Il faut dire que la Pologne étant coriace : elle avait repris à la Prusse, en 1918, des territoires que celle-ci lui avait enlevés en 1871.
Les Soviétiques, quant à eux, n’avaient pas oublié la guerre soviéto-polonaise de 1920, au terme de laquelle ils avaient été dans l’obligation d’offrir aux Polonais de substantielles concessions territoriales[1]. Pour ne pas prendre de chance et s'assurer que les Polonais ne pourraient plus s'opposer à eux comme ils l'avaient fait depuis des centaines d'années, ils ont tout simplement décidé d’éliminer l’intelligentsia polonaise : c’est le massacre de Katyn, au cours duquel presque 26 000 membres de l’élite polonaise sont assassinés : officiers, fonctionnaires, policiers, agents de renseignements, gendarmes, médecins, avocats, étudiants, religieux, etc. L’URSS mettra plus de quarante ans avant d’avouer qu’elle était responsable des tueries. Il avait été très facile de blâmer les Allemands, qui étaient déjà coupables de tant d'atrocités. Et comme elle avait la ferme intention de s'emparer de la Pologne, mieux valait être discret à cet égard...
Le 28 septembre 1939, le partage du pays entre les deux puissances est entériné, et les Allemands entrent à Varsovie.

 La suite de l’histoire, on la connaît bien. Les Allemands regroupent en 1940 les 380 000 Juifs de la capitale et des régions avoisinantes dans un ghetto. Environ 30 % de la population de Varsovie s'est retrouvée à vivre entassée dans ce ghetto. Ils seront éventuellement tous tués à Treblinka, un camp de concentration nazi.
L’insurrection de Varsovie
Le 1er août 1944, après cinq années l’occupation, la résistance polonaise se soulève contre les forces allemandes. Le but poursuivi est également de préserver la souveraineté de la Pologne face à l’avancée de l’Armée rouge qui s’approche de Varsovie[2]. Les Polonais déclenchent l’insurrection pour pouvoir accueillir l’armée « libératrice » en étant en position de force. Quelques villes avaient été récemment ainsi « libérées » de l’occupation allemande par l’URSS, et les résistants polonais qui avaient accueilli avec enthousiasme les "libérateurs" avaient été exécutés sommairement ou encore envoyés aux goulags. Les Polonais connaissent bien leurs ennemis immémoriaux.
Tous étaient très fiers de participer à l'Insurrection de Varsovie, particulièrement les jeunes
Le soulèvement commence à 17 h le 1er août. Très vite, la stratégie des résistants devient défensive devant l’écrasante majorité des soldats allemands et leurs équipements militaires. 

Le 10 septembre, l’Armée rouge arrive de l’autre côté de  la Vistule, qui sépare Praga de Varsovie. Les nazis comprennent vite que l’URSS leur laisse le champ libre pour « terminer le travail ». Les résistants continuent donc de se battre sous les yeux les troupes soviétiques, qui attendent paisiblement, pour « libérer » la ville, que l’armée d’insurrection polonaise ait été anéantie.

Détruite avec acharnement
Varsovie a été détruite à 85 %, en 1944, sur l'ordre d'Adolf Hitler dont l'ambition était d’en faire un exemple pour les peuples qui auraient eu l’idée de s’opposer à lui. Les nazis ont démoli progressivement et méthodiquement tous les quartiers de la ville, avec leurs tanks, leur artillerie et des bombardements, sous l’œil attentif des soldats soviétiques. Jusqu’à la dernière minute, les résistants polonais ont eu l’espoir que l’URSS leur porterait secours, en vain. Le bilan de l’insurrection du côté de la résistance : 18 000 soldats et entre 160 000 et 180 000 civils tués. Du côté allemand, 17 000 soldats tués. Les 350 000 civils vivants à la fin de l’insurrection ont été évacués brutalement vers des camps de concentration ou des camps de travail, ou tout simplement abandonnés.

En 2004, Lech Kaciensky, président de la Pologne (avant qu'il ne meure en 2010 dans un accident d'avion en se rendant à un événement commémoratif pour les victimes de Katyn, auquel Vladimir Poutine devait assister), a estimé que les dommages imposés par l'Allemagne à la Pologne, à Varsovie, sont de l'ordre de 54 milliards de dollars, en chiffres d'aujourd'hui. 

Nous pensons, nous, les Nord-Américains, que la guerre s’est terminée en 1945... Ce n’est pas ce que les Polonais pensent, ni tous les peuples d’Europe de l’est qui ont fini par se libérer du joug soviétique il y a à peine plus de vingt ans.   

Prochain billet de cette série : Varsovie…bombardée…rasée…reconstruite…incontournable!



[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_russo-polonaise_de_1920
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_de_Varsovie

Warszawa (ou comment renaître de ses cendres...)





 « La brume s'étire, puis commence à tomber en lambeaux sous les rayons du soleil. Helena heurte de son pied droit une grosse pierre et la douleur lui fait réaliser où elle se trouve. C'est un endroit étrange, ni ville, ni campagne ; une sorte d'immense terrain vague recouvert de débris…
À sa gauche, cependant, s'élève une carcasse vide de ce qui devait être une maison à plusieurs étages. Un mur est resté debout et, bien qu'il soit drôlement étroit, sa hauteur a déjà quelque chose de rassurant. Car si ce mur a pu se maintenir ainsi tout seul dans ce désert, c'est que tout doit être encore possible.
Le soleil éclaire un chemin, un bout de pavé mouillé. Helena relève la tête, regarde de tous ses yeux et découvre un peu plus loin d'autres murs solitaires, d'autres ruines et puis, tout au fond, dans un espace qui lui paraît inaccessible, un bâtiment intact. Sans qu'elle sache pourquoi et comment, le son de sa propre voix la fait s'arrêter.
Varsovie, hurle-t-elle à gorge déployée. Varsovie. Je suis arri-vée... é... é ! »[1]
Ainsi commence « Les Lilas fleurissent à Varsovie », un roman d’Alice Poznanska Parizeau, criminologue et écrivaine, défunte épouse de Jacques Parizeau[2]. Le roman raconte la vie quotidienne d’une famille de Varsovie, de 1945 à 1980, à travers les horreurs de la guerre, le communisme, l’impérialisme soviétique et la lutte pour la liberté.
Varsovie la méconnue
On connaît peu de choses de Varsovie. C’est une ville qui est à peu près à mi-chemin entre Paris et Saint-Pétersbourg. C’est loin. On sait qu’il y fait froid (pas tout à fait comme chez nous, mais presque), et qu’elle avait la réputation d’être triste et sous la grisaille soviétique. Marie Curie y est née, Chopin aussi.  On connaît le grand amour épistolaire de Balzac avec Mme Hanska, comtesse polonaise. Mais, surnommée « Paris orientale » par le roi Stanislas II à la fin du 18e siècle, on se doute bien qu’elle a dû connaître un passé plus glorieux. Et puis il y a évidemment « les Remparts de Varsovie », la célèbre chanson de Brel. Si ces remparts (qui dataient du 13e siècle)  existent encore, c’est qu’ils ont été reconstruits après la Seconde  Guerre mondiale. En même temps que Varsovie en entier.
Un choc…
J’ai eu un choc, en arrivant à Varsovie. Pourtant, il devait en avoir été question, dans mes cours d’histoire du XXe siècle. Mais je ne m’en souvenais pas, ou alors ce pays était « si loin », que je ne me sentais pas assez concernée pour l’enregistrer.
Notre première visite dans la ville s’est naturellement dirigée vers le Musée de l’Insurrection de Varsovie. C’était un peu pour rendre hommage à la famille de mon compagnon de voyage qui est d’origine polonaise et dont la famille, comme beaucoup de familles polonaises, a connu l’occupation, l’insurrection, la déportation et les camps. Cette histoire, il me l’avait racontée à plusieurs reprises. Comme une petite fille, je disais « encore », c’était pour moi comme aller au cinéma.
Jusqu’à ce que j’aboutisse au Musée de l’Insurrection. Et là, j’ai vu, de mes yeux vu[3] ce qu’il était advenu de Varsovie. Et j’ai compris. Je vous invite à visionner ce court film de 6 minutes 48 secondes. Il s’agit d’une reconstruction numérique de Varsovie, peu après qu’elle ne soit détruite de manière méthodique et acharnée par l’Armée allemande. Intitulé « City of ruins », ce film a été réalisé par Damiam Nenow et produit par Platige image et le Musée de l’Insurrection de Varsovie, où il est présenté en roulement continu.
Dans l’histoire qui m’était racontée, il était question du retour dans une Varsovie dévastée, après la « libération » par les Soviétiques. Voilà ce qu’il restait de cette magnifique ville : 

Ceux qui ont vu « Le Pianiste », un film de Roman Polanski qui a remporté la Palme d’or du Festival de Cannes en 2002, se souviendront des ruines que l’on y voit. Les décors ont été tirés de véritables photos d’archives.
Dans un prochain billet, je ferai un blitz historique, pour arriver à comprendre l’acharnement des Allemands et des Russes contre la Pologne.    



[1] http://classiques.uqac.ca/contemporains/parizeau_alice/lilas_fleurissent_a_varsovie/lilas_fleurissent_varsovie.pdf
[2] Celui-ci a accordé son autorisation à l’Université du Québec de diffuser électroniquement toutes les œuvres (en criminologie et en littérature) de sa femme.

[3] Expression tirée de la pièce « Le tartuffe » de Molière.









lundi 12 décembre 2011

Récit d’une prise de conscience

Une étoile filante… un après-midi d’automne, sur l’autoroute des Cantons de l’Est

Un  samedi pluvieux et gris. Il me fallait pourtant aller fermer le chalet pour l’hiver. Pour moi, c’était la dernière fois. Nous avions convenu, mon ex-mari et moi, qu’il allait garder le chalet. Je m’étais convaincue en me disant que je préfère choisir les voyages plutôt que le lac Memphrémagog. Pourtant, au volant dans la grisaille, je sens presque ce vent d’été me réchauffer ou me rafraîchir, sur la galerie grillagée. Je vois les voiliers qui donnent au lac un aspect presque balnéaire. Pas facile, pas drôle… Je rumine tout ça, je marine plutôt. Mes filles ont accepté de venir avec moi, mais ça les emmerde un peu.  Juste un dodo, je leur ai dit. Le temps de faire le tour de la maison, de recouvrir les meubles, comme dans les anciens films, de draps blancs. À la différence près que nous n’aurons pas une armée de serviteurs qui nous diront Au revoir, Madame!, les larmes aux yeux, comme dans les anciens films. Notre chalet est bâti sur pilotis de cèdre, et il tombe pratiquement en ruines. Pas de place pour des serviteurs.

Il pleut, il fait gris, noir et blanc. Stop feeling sorry for yourself, m’aurait dit ma mère, d’origine franco-ontarienne. Je cherche une bonne toune à la radio.  Un réflexe, celui de regarder par le rétroviseur, me fait remarquer quelque chose, une lumière dans toute cette grisaille. Mais qu’est-ce qui arrive en trombe comme ça, derrière nous? C’est rouge, c’est orange, ça arrive à vive allure. On dirait une ambulance. Non, trop haut sur pattes… Et puis, telle une étoile filante, le bolide nous dépasse. Ces lettres, presqu’indécentes, en bleu : « TRANSPORT D’ORGANES ». Un silence dans la voiture. Un silence dans nos cœurs, un froid.

Nous ne parlons pas, nous n’en avons pas besoin. Nous entendons la même chose :

Un cri, celui de la douleur des proches de quelqu’un qui vient de quitter ce monde, probablement de manière inattendue. Abrupte, avec tous les sons gutturaux de ce mot : A bbbrrrupppttte.

Un autre cri, un cri d’amour et d’espoir, celui-là. Finie l’attente… On a un donneur compatible, leur a-t-on dit au téléphone. Depuis des mois, peut-être des années, c’était insupportable. On savait qu’il y avait une solution à ce terrible problème médical. Encore fallait-il un donneur, un donneur compatible. Et les chances sont minces, les dangers de rejet énormes. Mais cet après-midi, tous les espoirs sont permis. Une explosion de joie s’ensuit.

Et dans notre fourgonnette, nous sommes toutes trois, mes filles et moi, coincées entre cette immense tristesse et cet espoir incommensurable. Entre la vie et la mort. Comme on voit parfois à la télé, on a l’impression de voir deux fenêtres sur un grand écran : le scénario de la douleur de ceux qui viennent de perdre un proche, et celui du bonheur de ceux  chez qui l’espoir vient de renaître, celui d’envisager un avenir pour un de leurs proches qui était condamné et qui peut-être, comme dans la publicité, ne rêvait pas de vivre vieux, mais rêvait de vivre tout simplement.

L’autoroute est redevenue noire et blanche, le ciel est toujours gris. Il drache. L’étoile filante est passée, laissant une traînée de poudre brillante derrière elle. Maintenant nous pensons à ceux qui viennent de perdre un être cher, au courage dont ils ont dû faire preuve pour signer les documents permettant le prélèvement des organes de leur amour, parent, enfant peut-être. Cette mort ne sera pas vaine, se disent-ils, peut-être. Nous imaginons que l’espoir naît doucement dans leurs cœurs, l’espoir de transmettre la vie. Nous ressentons un immense respect pour eux, une vive sympathie pour leur tristesse.


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Je regarde mes deux magnifiques filles, je savoure ce moment passé en leur compagnie. Je goûte à chaque moment de cette transition qui, il y a quelques heures, me semblait devoir être si douloureuse, et pourtant qui est si anodine : fermer mon chalet pour la dernière fois.  Certes, je ferme en même temps toute une période de ma vie, mais je regarde en avant, à la recherche d’autres étoiles filantes.

Quelques mois après que j’écrive ce texte, en octobre 2006, j’ai reçu le diagnostic d’un cancer. Un bon cancer, le meilleur m’a-t-on dit : celui de la thyroïde. Tout  s’est bien passé. J'ai même traversé deux récidives depuis ce temps-là. Tout s'est bien passé.

Mais je me souviens que ce dimanche soir-là, le 24 avril 2009, au moment où j'attendais ma seconde opération, quand j’ai vu le Dr Pierre Marsolais à l’émission Tout le monde en parle, accompagné de Sylvain Bédard, greffé du cœur, ça m'a drôlement aidée. Je me suis dit : Là, Renée, c’est sûr que ça va bien aller. Ce père de cinq enfants a dit à sa femme de ne jamais lui laisser oublier la chance qu’il a de goûter à la vie, aujourd’hui. Je me suis dit que je dirais la même chose à mes trois enfants.

Pour lui, pour moi, pour mon amie qui n’a plus qu’un sein mais qui est rayonnante, et pour tous et toutes les autres, pour vous aussi peut-être un jour, la médecine moderne fait des miracles.

Dois-je ajouter que j’ai signé ma carte-soleil pour le don de mes organes ?



Ce texte a été publié dans le Journal La Presse, le 19 mai 2009, dans la page FORUM

lundi 5 décembre 2011

Tout ça parce que la musique me faisait rêver


 

Je rêvais, petite, que j’étais une princesse russe. Je m’imaginais avec de longs cheveux tressés ornés d’une couronne de fleurs, habillée d’un magnifique costume traditionnel (incluant évidemment les bottes cosaques rouges) et habitant dans une jolie datcha surmontée d’un dôme multicolore, comme sur les églises russes. Je trouvais que ma vie, au sommet du Mont-Hilaire, manquait d’exotisme.


C’est la faute de mon père : il me faisait souvent écouter un disque (en vinyle évidemment!) de balalaïkas russes (j’ai compris plus tard qu’ils étaient ukrainiens). De là est partie ma fascination pour tout ce qui est slave. D’ailleurs, cette musique eut tôt fait de me convaincre que j’avais une âme russe ou slave ou polonaise ou hongroise ou ukrainienne ou en tout cas à la fois européenne et orientale… Non, mes rêves ne trouvaient définitivement pas leurs sources à Saint-Félicien au Lac St-Jean et à Sturgeon Falls, dans le Nord de l’Ontario, d’où mes parents étaient originaires. Beaucoup trop banal, à mon avis.


 
Adolescente, je lisais Tolstoï, Dostoïevski et Troyat. J’ai eu la chance de me rendre en URSS, à Moscou et à Leningrad (St-Pétersbourg), en plein cœur de la Guerre froide. Les tensions et les confrontations idéologiques entre le bloc de l’Est et le bloc de l’Ouest étaient telles que mes amis et moi avions presque peur de nous faire emprisonner (vous l’avez compris, j’ai l’imagination fertile). Je me souviens de l’atmosphère lourde qui régnait partout et de la couleur grise des immeubles. J’ai traversé à la course au moins la moitié des mille (oui, 1000!) salles mal éclairées du Musée de l’Ermitage, admirant à la sauvette des trésors que peu de visiteurs avaient alors eu la chance de voir, à l’exception des gens du bloc de l’Est, il va sans dire.

Quelques années plus, toujours fascinée par la « chose » slave (ou russe ou … etc.),   je me décidais à prendre des cours de russe à l’Université. Puis, « la vie la vie » m’a rattrapée et j’ai mis mon intérêt en veilleuse.

Jusqu’au printemps dernier. J’ai gagné deux billets d’avion en participant à la tombola d’une école secondaire… J’aurais pu me rendre dans les Îles grecques (que je ne connais pas encore) ou à Paris. Ou n’importe où ailleurs. Non, c’était le moment. Enfin, je me rendrais en Europe de l’Est. Celui qui m’accompagnait est féru d’histoire et m’a servi de guide (et parfois d’interprète, car ses origines sont teintées en partie de vodka, de bigos et de Sibérie).

Si le mur de Berlin n’existe plus, il reste qu’en se rendant en Europe de l’Est, on a tout de même le sentiment de traverser quelque chose. Traverser le temps, peut-être? Ou tout simplement traverser nos livres d’histoire. Le plus « à l’Est » que se rend Air Transat, c’est Vienne. Il nous a donc fallu nous rendre à Londres, puis prendre LOT Airlines, jusqu’à Varsovie.

Quinze jours plus tard, je revenais à Montréal, éblouie et saturée d’histoire et d’histoires… L’Europe de l’Est, c’est un monde à la croisée des chemins. Envahie par le nord, l’est, l’ouest, le sud, elle s’est faite, s’est défaite et s’est refaite plus d’une fois. Les Jagellon, les Habsbourg, les Turcs… Alouette! Varsovie, Cracovie, Budapest et Prague m’ont séduite, pour mille raisons. J’ai vite repris mon train-train nord-américain, mais je suis régulièrement assaillie par des images, des réflexions, des souvenirs.

Autrefois, quand on se rendait en Europe, on disait qu’on se rendait « dans les vieux pays ». Aujourd’hui, je dirais plutôt que je reviens « d’un Nouveau Monde », un monde qui est en train de se redéfinir, vingt après s’être libéré du joug soviétique. Mais un monde qui n’a jamais oublié ses racines. 

Je vous livrerai mes impressions sur ce blogue, une ville à la fois, le temps de quelques billets.