dimanche 18 décembre 2011

Warszawa (ou comment renaître de ses cendres...)





 « La brume s'étire, puis commence à tomber en lambeaux sous les rayons du soleil. Helena heurte de son pied droit une grosse pierre et la douleur lui fait réaliser où elle se trouve. C'est un endroit étrange, ni ville, ni campagne ; une sorte d'immense terrain vague recouvert de débris…
À sa gauche, cependant, s'élève une carcasse vide de ce qui devait être une maison à plusieurs étages. Un mur est resté debout et, bien qu'il soit drôlement étroit, sa hauteur a déjà quelque chose de rassurant. Car si ce mur a pu se maintenir ainsi tout seul dans ce désert, c'est que tout doit être encore possible.
Le soleil éclaire un chemin, un bout de pavé mouillé. Helena relève la tête, regarde de tous ses yeux et découvre un peu plus loin d'autres murs solitaires, d'autres ruines et puis, tout au fond, dans un espace qui lui paraît inaccessible, un bâtiment intact. Sans qu'elle sache pourquoi et comment, le son de sa propre voix la fait s'arrêter.
Varsovie, hurle-t-elle à gorge déployée. Varsovie. Je suis arri-vée... é... é ! »[1]
Ainsi commence « Les Lilas fleurissent à Varsovie », un roman d’Alice Poznanska Parizeau, criminologue et écrivaine, défunte épouse de Jacques Parizeau[2]. Le roman raconte la vie quotidienne d’une famille de Varsovie, de 1945 à 1980, à travers les horreurs de la guerre, le communisme, l’impérialisme soviétique et la lutte pour la liberté.
Varsovie la méconnue
On connaît peu de choses de Varsovie. C’est une ville qui est à peu près à mi-chemin entre Paris et Saint-Pétersbourg. C’est loin. On sait qu’il y fait froid (pas tout à fait comme chez nous, mais presque), et qu’elle avait la réputation d’être triste et sous la grisaille soviétique. Marie Curie y est née, Chopin aussi.  On connaît le grand amour épistolaire de Balzac avec Mme Hanska, comtesse polonaise. Mais, surnommée « Paris orientale » par le roi Stanislas II à la fin du 18e siècle, on se doute bien qu’elle a dû connaître un passé plus glorieux. Et puis il y a évidemment « les Remparts de Varsovie », la célèbre chanson de Brel. Si ces remparts (qui dataient du 13e siècle)  existent encore, c’est qu’ils ont été reconstruits après la Seconde  Guerre mondiale. En même temps que Varsovie en entier.
Un choc…
J’ai eu un choc, en arrivant à Varsovie. Pourtant, il devait en avoir été question, dans mes cours d’histoire du XXe siècle. Mais je ne m’en souvenais pas, ou alors ce pays était « si loin », que je ne me sentais pas assez concernée pour l’enregistrer.
Notre première visite dans la ville s’est naturellement dirigée vers le Musée de l’Insurrection de Varsovie. C’était un peu pour rendre hommage à la famille de mon compagnon de voyage qui est d’origine polonaise et dont la famille, comme beaucoup de familles polonaises, a connu l’occupation, l’insurrection, la déportation et les camps. Cette histoire, il me l’avait racontée à plusieurs reprises. Comme une petite fille, je disais « encore », c’était pour moi comme aller au cinéma.
Jusqu’à ce que j’aboutisse au Musée de l’Insurrection. Et là, j’ai vu, de mes yeux vu[3] ce qu’il était advenu de Varsovie. Et j’ai compris. Je vous invite à visionner ce court film de 6 minutes 48 secondes. Il s’agit d’une reconstruction numérique de Varsovie, peu après qu’elle ne soit détruite de manière méthodique et acharnée par l’Armée allemande. Intitulé « City of ruins », ce film a été réalisé par Damiam Nenow et produit par Platige image et le Musée de l’Insurrection de Varsovie, où il est présenté en roulement continu.
Dans l’histoire qui m’était racontée, il était question du retour dans une Varsovie dévastée, après la « libération » par les Soviétiques. Voilà ce qu’il restait de cette magnifique ville : 

Ceux qui ont vu « Le Pianiste », un film de Roman Polanski qui a remporté la Palme d’or du Festival de Cannes en 2002, se souviendront des ruines que l’on y voit. Les décors ont été tirés de véritables photos d’archives.
Dans un prochain billet, je ferai un blitz historique, pour arriver à comprendre l’acharnement des Allemands et des Russes contre la Pologne.    



[1] http://classiques.uqac.ca/contemporains/parizeau_alice/lilas_fleurissent_a_varsovie/lilas_fleurissent_varsovie.pdf
[2] Celui-ci a accordé son autorisation à l’Université du Québec de diffuser électroniquement toutes les œuvres (en criminologie et en littérature) de sa femme.

[3] Expression tirée de la pièce « Le tartuffe » de Molière.









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