« La brume
s'étire, puis commence à tomber en lambeaux sous les rayons du soleil. Helena
heurte de son pied droit une grosse pierre et la douleur lui fait réaliser où
elle se trouve. C'est un endroit étrange, ni ville, ni campagne ; une sorte
d'immense terrain vague recouvert de débris…
À sa gauche, cependant, s'élève une carcasse vide de ce
qui devait être une maison à plusieurs étages. Un mur est resté debout et, bien
qu'il soit drôlement étroit, sa hauteur a déjà quelque chose de rassurant. Car
si ce mur a pu se maintenir ainsi tout seul dans ce désert, c'est que tout doit
être encore possible.
Le soleil éclaire un chemin, un bout de pavé mouillé.
Helena relève la tête, regarde de tous ses yeux et découvre un peu plus loin
d'autres murs solitaires, d'autres ruines et puis, tout au fond, dans un espace
qui lui paraît inaccessible, un bâtiment intact. Sans qu'elle sache pourquoi et
comment, le son de sa propre voix la fait s'arrêter.
Varsovie, hurle-t-elle à gorge déployée. Varsovie. Je
suis arri-vée... é... é ! »[1]
Ainsi commence « Les Lilas fleurissent à Varsovie »,
un roman d’Alice Poznanska Parizeau, criminologue et écrivaine, défunte épouse
de Jacques Parizeau[2]. Le roman raconte la
vie quotidienne d’une famille de Varsovie, de 1945 à 1980, à travers les
horreurs de la guerre, le communisme, l’impérialisme soviétique et la lutte
pour la liberté.
Varsovie la méconnue
On
connaît peu de choses de Varsovie. C’est une ville qui est à peu près à
mi-chemin entre Paris et Saint-Pétersbourg. C’est loin. On sait qu’il y fait
froid (pas tout à fait comme chez nous, mais presque), et qu’elle avait la
réputation d’être triste et sous la grisaille soviétique. Marie Curie y est
née, Chopin aussi. On connaît le grand amour épistolaire de Balzac avec
Mme Hanska, comtesse polonaise. Mais, surnommée « Paris orientale »
par le roi Stanislas II à la fin du 18e siècle, on se doute bien qu’elle a dû
connaître un passé plus glorieux. Et puis il y a évidemment « les Remparts
de Varsovie », la célèbre chanson de Brel. Si ces remparts (qui dataient
du 13e siècle) existent encore, c’est qu’ils ont été reconstruits après
la Seconde Guerre mondiale. En même temps que Varsovie en entier.
Un choc…
J’ai eu
un choc, en arrivant à Varsovie. Pourtant, il devait en avoir été question,
dans mes cours d’histoire du XXe siècle. Mais je ne m’en souvenais pas, ou
alors ce pays était « si loin », que je ne me sentais pas assez
concernée pour l’enregistrer.
Notre
première visite dans la ville s’est naturellement dirigée vers le Musée de
l’Insurrection de Varsovie. C’était un peu pour rendre hommage à la famille de
mon compagnon de voyage qui est d’origine polonaise et dont la famille, comme
beaucoup de familles polonaises, a connu l’occupation, l’insurrection, la
déportation et les camps. Cette histoire, il me l’avait racontée à plusieurs
reprises. Comme une petite fille, je disais « encore », c’était pour
moi comme aller au cinéma.
Jusqu’à
ce que j’aboutisse au Musée de l’Insurrection. Et là, j’ai vu, de mes yeux vu[3] ce qu’il était advenu de Varsovie. Et
j’ai compris. Je vous invite à visionner ce court film de 6 minutes 48
secondes. Il s’agit d’une reconstruction numérique de Varsovie, peu après
qu’elle ne soit détruite de manière méthodique et acharnée par l’Armée
allemande. Intitulé « City of ruins », ce film a été réalisé par Damiam Nenow et produit par Platige image et le Musée
de l’Insurrection de Varsovie, où il est présenté en roulement continu.
Dans
l’histoire qui m’était racontée, il était question du retour dans une Varsovie
dévastée, après la « libération » par les Soviétiques. Voilà ce qu’il
restait de cette magnifique ville :
Ceux qui ont vu « Le Pianiste », un film de Roman Polanski qui a remporté la Palme d’or du Festival de Cannes en 2002, se souviendront des ruines que l’on y voit. Les décors ont été tirés de véritables photos d’archives.
Dans un prochain billet, je ferai un blitz
historique, pour arriver à comprendre l’acharnement des Allemands et des Russes
contre la Pologne.
[1]
http://classiques.uqac.ca/contemporains/parizeau_alice/lilas_fleurissent_a_varsovie/lilas_fleurissent_varsovie.pdf
[2] Celui-ci
a accordé son autorisation à l’Université du Québec de diffuser
électroniquement toutes les œuvres (en criminologie et en littérature) de sa
femme.
[3] Expression tirée de la pièce « Le tartuffe »
de Molière.
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