dimanche 18 décembre 2011

Petit blitz historique sur la Pologne


Ce billet est le second d’une série de plusieurs billets portant sur un voyage en Europe de l'est, au printemps 2011. Il suit le billet publié récemment intitulé «  Warszawa  (ou comment renaître de ses cendres…) ».
Sans retourner trop loin dans l’histoire, il faut tout de même faire une petite mise en contexte pour comprendre la Pologne, et également les pays voisins. Elle existe depuis plus de mille ans. Or, au cours de son histoire, elle n’a cessé de se battre contre l’envahisseur, disparaissant parfois de la carte du monde, mais revenant toujours à la charge : les Polonais sont tenaces. Au nombre de ses ennemis historiques, la Russie, l’Autriche, la Prusse. Les frontières ont souvent reculé et avancé, entre ces pays. Les tensions étaient fortes, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le 23 août 1939, les Allemands signent un pacte avec Staline, le Pacte Ribbentrop-Staline, qui contient notamment des clauses secrètes partageant la Pologne entre l’Allemagne et l’URSS. Le 1er septembre de la même année, la Pologne est envahie par les nazis, le 17 septembre, par l’Armée rouge.

Anéantir la culture polonaise
Hitler avait décrit dans un exposé le traitement qui devait être réservé aux Polonais : la plus grande brutalité, ses populations soumises ou tuées, ses élites exterminées, l’éducation supérieure interdite. Il voulait anéantir la culture polonaise. Il faut dire que la Pologne étant coriace : elle avait repris à la Prusse, en 1918, des territoires que celle-ci lui avait enlevés en 1871.
Les Soviétiques, quant à eux, n’avaient pas oublié la guerre soviéto-polonaise de 1920, au terme de laquelle ils avaient été dans l’obligation d’offrir aux Polonais de substantielles concessions territoriales[1]. Pour ne pas prendre de chance et s'assurer que les Polonais ne pourraient plus s'opposer à eux comme ils l'avaient fait depuis des centaines d'années, ils ont tout simplement décidé d’éliminer l’intelligentsia polonaise : c’est le massacre de Katyn, au cours duquel presque 26 000 membres de l’élite polonaise sont assassinés : officiers, fonctionnaires, policiers, agents de renseignements, gendarmes, médecins, avocats, étudiants, religieux, etc. L’URSS mettra plus de quarante ans avant d’avouer qu’elle était responsable des tueries. Il avait été très facile de blâmer les Allemands, qui étaient déjà coupables de tant d'atrocités. Et comme elle avait la ferme intention de s'emparer de la Pologne, mieux valait être discret à cet égard...
Le 28 septembre 1939, le partage du pays entre les deux puissances est entériné, et les Allemands entrent à Varsovie.

 La suite de l’histoire, on la connaît bien. Les Allemands regroupent en 1940 les 380 000 Juifs de la capitale et des régions avoisinantes dans un ghetto. Environ 30 % de la population de Varsovie s'est retrouvée à vivre entassée dans ce ghetto. Ils seront éventuellement tous tués à Treblinka, un camp de concentration nazi.
L’insurrection de Varsovie
Le 1er août 1944, après cinq années l’occupation, la résistance polonaise se soulève contre les forces allemandes. Le but poursuivi est également de préserver la souveraineté de la Pologne face à l’avancée de l’Armée rouge qui s’approche de Varsovie[2]. Les Polonais déclenchent l’insurrection pour pouvoir accueillir l’armée « libératrice » en étant en position de force. Quelques villes avaient été récemment ainsi « libérées » de l’occupation allemande par l’URSS, et les résistants polonais qui avaient accueilli avec enthousiasme les "libérateurs" avaient été exécutés sommairement ou encore envoyés aux goulags. Les Polonais connaissent bien leurs ennemis immémoriaux.
Tous étaient très fiers de participer à l'Insurrection de Varsovie, particulièrement les jeunes
Le soulèvement commence à 17 h le 1er août. Très vite, la stratégie des résistants devient défensive devant l’écrasante majorité des soldats allemands et leurs équipements militaires. 

Le 10 septembre, l’Armée rouge arrive de l’autre côté de  la Vistule, qui sépare Praga de Varsovie. Les nazis comprennent vite que l’URSS leur laisse le champ libre pour « terminer le travail ». Les résistants continuent donc de se battre sous les yeux les troupes soviétiques, qui attendent paisiblement, pour « libérer » la ville, que l’armée d’insurrection polonaise ait été anéantie.

Détruite avec acharnement
Varsovie a été détruite à 85 %, en 1944, sur l'ordre d'Adolf Hitler dont l'ambition était d’en faire un exemple pour les peuples qui auraient eu l’idée de s’opposer à lui. Les nazis ont démoli progressivement et méthodiquement tous les quartiers de la ville, avec leurs tanks, leur artillerie et des bombardements, sous l’œil attentif des soldats soviétiques. Jusqu’à la dernière minute, les résistants polonais ont eu l’espoir que l’URSS leur porterait secours, en vain. Le bilan de l’insurrection du côté de la résistance : 18 000 soldats et entre 160 000 et 180 000 civils tués. Du côté allemand, 17 000 soldats tués. Les 350 000 civils vivants à la fin de l’insurrection ont été évacués brutalement vers des camps de concentration ou des camps de travail, ou tout simplement abandonnés.

En 2004, Lech Kaciensky, président de la Pologne (avant qu'il ne meure en 2010 dans un accident d'avion en se rendant à un événement commémoratif pour les victimes de Katyn, auquel Vladimir Poutine devait assister), a estimé que les dommages imposés par l'Allemagne à la Pologne, à Varsovie, sont de l'ordre de 54 milliards de dollars, en chiffres d'aujourd'hui. 

Nous pensons, nous, les Nord-Américains, que la guerre s’est terminée en 1945... Ce n’est pas ce que les Polonais pensent, ni tous les peuples d’Europe de l’est qui ont fini par se libérer du joug soviétique il y a à peine plus de vingt ans.   

Prochain billet de cette série : Varsovie…bombardée…rasée…reconstruite…incontournable!



[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_russo-polonaise_de_1920
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_de_Varsovie

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