lundi 5 décembre 2011

Tout ça parce que la musique me faisait rêver


 

Je rêvais, petite, que j’étais une princesse russe. Je m’imaginais avec de longs cheveux tressés ornés d’une couronne de fleurs, habillée d’un magnifique costume traditionnel (incluant évidemment les bottes cosaques rouges) et habitant dans une jolie datcha surmontée d’un dôme multicolore, comme sur les églises russes. Je trouvais que ma vie, au sommet du Mont-Hilaire, manquait d’exotisme.


C’est la faute de mon père : il me faisait souvent écouter un disque (en vinyle évidemment!) de balalaïkas russes (j’ai compris plus tard qu’ils étaient ukrainiens). De là est partie ma fascination pour tout ce qui est slave. D’ailleurs, cette musique eut tôt fait de me convaincre que j’avais une âme russe ou slave ou polonaise ou hongroise ou ukrainienne ou en tout cas à la fois européenne et orientale… Non, mes rêves ne trouvaient définitivement pas leurs sources à Saint-Félicien au Lac St-Jean et à Sturgeon Falls, dans le Nord de l’Ontario, d’où mes parents étaient originaires. Beaucoup trop banal, à mon avis.


 
Adolescente, je lisais Tolstoï, Dostoïevski et Troyat. J’ai eu la chance de me rendre en URSS, à Moscou et à Leningrad (St-Pétersbourg), en plein cœur de la Guerre froide. Les tensions et les confrontations idéologiques entre le bloc de l’Est et le bloc de l’Ouest étaient telles que mes amis et moi avions presque peur de nous faire emprisonner (vous l’avez compris, j’ai l’imagination fertile). Je me souviens de l’atmosphère lourde qui régnait partout et de la couleur grise des immeubles. J’ai traversé à la course au moins la moitié des mille (oui, 1000!) salles mal éclairées du Musée de l’Ermitage, admirant à la sauvette des trésors que peu de visiteurs avaient alors eu la chance de voir, à l’exception des gens du bloc de l’Est, il va sans dire.

Quelques années plus, toujours fascinée par la « chose » slave (ou russe ou … etc.),   je me décidais à prendre des cours de russe à l’Université. Puis, « la vie la vie » m’a rattrapée et j’ai mis mon intérêt en veilleuse.

Jusqu’au printemps dernier. J’ai gagné deux billets d’avion en participant à la tombola d’une école secondaire… J’aurais pu me rendre dans les Îles grecques (que je ne connais pas encore) ou à Paris. Ou n’importe où ailleurs. Non, c’était le moment. Enfin, je me rendrais en Europe de l’Est. Celui qui m’accompagnait est féru d’histoire et m’a servi de guide (et parfois d’interprète, car ses origines sont teintées en partie de vodka, de bigos et de Sibérie).

Si le mur de Berlin n’existe plus, il reste qu’en se rendant en Europe de l’Est, on a tout de même le sentiment de traverser quelque chose. Traverser le temps, peut-être? Ou tout simplement traverser nos livres d’histoire. Le plus « à l’Est » que se rend Air Transat, c’est Vienne. Il nous a donc fallu nous rendre à Londres, puis prendre LOT Airlines, jusqu’à Varsovie.

Quinze jours plus tard, je revenais à Montréal, éblouie et saturée d’histoire et d’histoires… L’Europe de l’Est, c’est un monde à la croisée des chemins. Envahie par le nord, l’est, l’ouest, le sud, elle s’est faite, s’est défaite et s’est refaite plus d’une fois. Les Jagellon, les Habsbourg, les Turcs… Alouette! Varsovie, Cracovie, Budapest et Prague m’ont séduite, pour mille raisons. J’ai vite repris mon train-train nord-américain, mais je suis régulièrement assaillie par des images, des réflexions, des souvenirs.

Autrefois, quand on se rendait en Europe, on disait qu’on se rendait « dans les vieux pays ». Aujourd’hui, je dirais plutôt que je reviens « d’un Nouveau Monde », un monde qui est en train de se redéfinir, vingt après s’être libéré du joug soviétique. Mais un monde qui n’a jamais oublié ses racines. 

Je vous livrerai mes impressions sur ce blogue, une ville à la fois, le temps de quelques billets.


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