Je rêvais, petite, que j’étais une princesse russe. Je
m’imaginais avec de longs cheveux tressés ornés d’une couronne de fleurs,
habillée d’un magnifique costume traditionnel (incluant évidemment les bottes cosaques
rouges) et habitant dans une jolie datcha surmontée d’un dôme multicolore,
comme sur les églises russes. Je trouvais que ma vie, au sommet du
Mont-Hilaire, manquait d’exotisme.
C’est la faute de mon père : il me faisait souvent écouter un disque (en vinyle évidemment!) de balalaïkas russes (j’ai compris plus tard qu’ils étaient ukrainiens). De là est partie ma fascination pour tout ce qui est slave. D’ailleurs, cette musique eut tôt fait de me convaincre que j’avais une âme russe ou slave ou polonaise ou hongroise ou ukrainienne ou en tout cas à la fois européenne et orientale… Non, mes rêves ne trouvaient définitivement pas leurs sources à Saint-Félicien au Lac St-Jean et à Sturgeon Falls, dans le Nord de l’Ontario, d’où mes parents étaient originaires. Beaucoup trop banal, à mon avis.

Quelques années plus, toujours fascinée par la
« chose » slave (ou russe ou … etc.), je me décidais
à prendre des cours de russe à l’Université. Puis, « la vie la vie »
m’a rattrapée et j’ai mis mon intérêt en veilleuse.
Jusqu’au printemps dernier. J’ai gagné deux billets d’avion en participant à la tombola d’une école secondaire… J’aurais pu me rendre dans les Îles grecques (que je ne connais pas encore) ou à Paris. Ou n’importe où ailleurs. Non, c’était le moment. Enfin, je me rendrais en Europe de l’Est. Celui qui m’accompagnait est féru d’histoire et m’a servi de guide (et parfois d’interprète, car ses origines sont teintées en partie de vodka, de bigos et de Sibérie).
Si le mur de Berlin n’existe plus, il reste qu’en se rendant
en Europe de l’Est, on a tout de même le sentiment de traverser quelque chose.
Traverser le temps, peut-être? Ou tout simplement traverser nos livres
d’histoire. Le plus « à l’Est » que se rend Air Transat, c’est
Vienne. Il nous a donc fallu nous rendre à Londres, puis prendre LOT Airlines,
jusqu’à Varsovie.
Quinze jours plus tard, je revenais à Montréal, éblouie et
saturée d’histoire et d’histoires… L’Europe de l’Est, c’est un monde à la
croisée des chemins. Envahie par le nord, l’est, l’ouest, le sud, elle s’est
faite, s’est défaite et s’est refaite plus d’une fois. Les Jagellon, les
Habsbourg, les Turcs… Alouette! Varsovie, Cracovie, Budapest et Prague m’ont
séduite, pour mille raisons. J’ai vite repris mon train-train nord-américain,
mais je suis régulièrement assaillie par des images, des réflexions, des
souvenirs.
Autrefois, quand on se rendait en Europe, on disait qu’on se
rendait « dans les vieux pays ». Aujourd’hui, je dirais plutôt que je
reviens « d’un Nouveau Monde », un monde qui est en train de se
redéfinir, vingt après s’être libéré du joug soviétique. Mais un monde qui n’a
jamais oublié ses racines.
Je vous livrerai mes impressions sur ce blogue, une ville à
la fois, le temps de quelques billets.
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