À
l’automne 2011, dans le cadre d’un cours intitulé « Internet et relations
publiques », je me suis penchée sur la question de l’utilisation des
médias sociaux par les baby-boomers. Je me permets de reproduire une partie de
l’essai que j’ai écrit dans le cadre de mon cours, l’adaptant toutefois pour la
forme d’un billet.
Mon ambition première était de dresser un portrait
de l’utilisation des médias sociaux par les baby-boomers. En route, j’ai donc voulu
préciser ce que j’entendais par « baby-boomers ». Je me suis retrouvée
complètement assaillie par une montagne d’articles et de théories qui
cherchaient à définir ce terme.
Je me suis éternisée sur le sujet, car en fait cela m’interpellait
directement. De quelle génération est-ce que je fais partie? Née en 1958, je ne
me considère pas comme étant une « enfant de l’après-guerre ». Mais
ni non plus comme faisant partie de la « génération X ».
Après mes recherches, j’en suis arrivée à conclure que
les baby-boomers sont divisés en deux sous-groupes :
les jeunes baby-boomers (dont je suis, en toute modestie), nés entre 1955 et
1964, et les moins jeunes (les véritables « baby-boomers », selon
moi, en tout respect), nés entre 1945 et 1955.
Cette exploration générationnelle m’a permis de bien
cerner ce que nous sommes, nous, les jeunes baby-boomers. Nous empruntons
certaines de nos qualités aux plus âgés, qui souvent étaient en ligne de front
devant nos parents, alors que pour nous le passage a été plus facile. Mais nous
nous distinguons de nos aînés à plusieurs égards.
Portrait
d’une génération… Une tentative, en tout cas1er janvier 2011 : la première cohorte des baby-boomers prenait sa retraite. Le New York Times (NYT), dans sa première édition de la nouvelle année[1], rapportait les conclusions d’un récent sondage réalisé par le Pew Research Center[2], au sujet des 10 000 Américains qui franchiront cette étape, chaque jour, pour les 19 prochaines années. Pour nos voisins du Sud, on parle de 79 millions de personnes, soit 26 % de la population. Reportons ces chiffres chez nous. Si on se fie aux dernières données de Statistique Canada[3], 8 912 384 Canadiens prendront leur retraite d’ici 2020, au rythme de 1218 départs par jour, soit 444 570 par année.
Durée de vie plus longue (et les craintes que cela
entraîne, notamment sur le plan des soins de santé), prolongement des années de
travail (et les difficultés y reliées, le besoin de mise à jour, et également
le « bumping » dont ils font souvent l’expérience), désenchantement,
désir de jeunesse éternelle (et le Botox qui va avec), regrets, contexte
économique mondial précaire (aujourd'hui les États-Unis et la Grèce, demain
l’Italie… Le Canada tient bon, mais pour combien de temps?), autant de volets
dont il est amplement question dans les médias, lorsque le sujet des
baby-boomers est abordé.
Certains tentent de dresser un véritable portrait
universel des baby-boomers. D’autres, dont je suis, sont d’avis qu’il est
impossible d’énumérer les caractéristiques les décrivant. Quelques éléments fondamentaux rapprochent
cependant les baby-boomers, ceux du monde occidental, en tout cas. L’histoire
et le contexte sociologique font clairement partie de ceux-ci. Dan Barry, qui signe l’article du NYT susmentionné, écrit : « Previous generations were raised to speak only when spoken to, and to endure in self-denying silence. But baby boomers were raised on the more nurturing, child-as-individual teachings of Dr. Benjamin Spock, and then placed under the spell of television, whose advertisers marketed their wares directly to children ». M. Barry cite Steven M. Gillon, auteur de Boomer Nation [4]. Ce dernier, lui-même un boomer, nous met en garde contre une généralisation des caractéristiques de sa génération. Il identifie toutefois des éléments contextuels qui touchent l’ensemble des boomers : « It created a sense of entitlement that had not existed before… We became more concerned with our own emotional well-being, whereas to older generations that was considered soft and fluffy ».
Les « jeunes » baby-boomers
La série Star Trek : The Original Series (de 1966 à 1969) les a tous fait rêver. Bobino et Bobinette (1957 à 1985) les ont initiés, tout-petits, à la télévision. Pendant ce temps, leurs grandes sœurs et grands frères écoutaient Joan Baez et Bob Dylan. Quant à eux, ils se sont mis à écouter, un peu plus tard, les Rolling Stones, David Bowie, The Police ou Madonna.
Richard Hétu, dans son blogue du 1er janvier 2011[5], nous invite à nous rendre sur un site du NYT qui résume les événements qui ont marqué la vie des baby-boomers d’un certain âge[6]. Je n’étais pas née lors du passage d’Elvis à l’émission d’Ed Sullivan, en 1956. Mais je me souviens très bien des funérailles de John F. Kennedy en 1963 (j’avais 5 ans et je regardais la télévision en compagnie de ma mère qui pleurait à chaudes larmes), et du premier homme qui a marché sur la lune, en 1969 (l’année de la sortie du dernier album des Beatles, Abbey Road, un événement mémorable). J’étais assez âgée pour suivre l’actualité au moment du Watergate, et, déjà jeune journaliste, j’ai vu la navette Challenger exploser en direct, le 28 janvier 1986.
Repères
générationnels
Pour nous, baby-boomers québécois (ou seulement
montréalais, peut-être?), les événements marquants de notre jeunesse sont Expo
67et les Jeux olympiques de 1976.
L’équation est très simple. Quiconque n’était pas né en 1967 est plus jeune que
nous, et quiconque n’était pas né en 1976 est beaucoup plus jeune que nous. Il
y a pire encore : celui ou celle qui ne sait pas que ces deux événements
ont eu lieu, dans leur ville. Pour les « Early » baby-boomers, Expo
67 était un lieu de rencontres internationales, souvent un tournant dans leur
vie de jeune adulte. Pour les « Late boomers », dont je suis, Expo 67
représentait un concours (celui ou celle qui obtiendrait le plus de visas dans
son passeport rouge de l’Expo - un visa par pavillon). Nous étions accompagnés
de nos parents, alors que les plus vieux se retrouvaient souvent entre eux, à
la discothèque du Pavillon de la Tchécoslovaquie. Les Olympiques de 1976, pour
les Late-boomers, ont été l’occasion de nous ouvrir sur le monde. Et d’admirer
les magnifiques athlètes qui déambulaient dans les rues de notre ville(!). Nous
avions à peine 20 ans, mais contrairement aux Early-boomers, nous n’avions pas
les moyens de nous acheter des billets pour les épreuves sportives!
[4]
Boomer Nation : The largest and
Richest Generation Ever and How it changed America, Simon & Shuster, 2004
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